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mercredi 5 janvier 2011

"Mamadou et Bineta" a encore de beaux jours devant lui...

Je discute avec une amie enseignante sur les lacunes des enfants en lecture et en écriture. Nous remarquons les mêmes lacunes chez certains adultes et sommes d'accord que ces maux doivent être pris en compte dès le jeune âge. Il est parfois difficile pour les parents de connaître les causes des difficultés en lecture et en écriture d'un enfant. Certains rapports incriminent les rythmes scolaires trop chargés des enfants. Est-ce vraiment cela la vraie cause de cette défaillance ? Cette discussion me décide de rééditer un sujet que j'avais publié sur ce blog en juillet 2009.

Débat autour de la lecture...
Les scientifiques l'affirment, les évaluations le confirment : pour devenir un bon lecteur, il faut savoir décoder les mots. Des données qui font renaître un débat passionné entre les tenants des différentes méthodes de lecture...

Lecture, où est le problème ? La lecture, et particulièrement son apprentissage, est actuellement l'objet de bien des polémiques. Précisons d'emblée que ces polémiques existent dans de nombreux pays développés, notamment dans l'ensemble des pays anglo-saxons, du Royaume-Uni à l'Australie, et qu'elles ne datent pas d'aujourd'hui. Elles ont pris de l'ampleur, avec la démocratisation des systèmes d'enseignement, et donc l'allongement des scolarités pour tous.

Avec la crise économique et la fin du plein emploi, le concept d'illettrisme, lancé en France par ATD Quart Monde (Organisation internationale de lutte contre la grande pauvreté et l'exclusion sociale), connaît un succès médiatique bien au-delà de sa réalité, si préoccupante soit-elle. Parallèlement, on prend conscience de l'importance des premiers apprentissages dans la réussite scolaire. La préoccupation depuis plusieurs années est focalisée sur l'opposition entre « méthode globale » et « méthode syllabique ».

Que des difficultés viennent du fait que le français est comme une langue seconde pour un certain nombre d’enfants de notre pays, on ne peut le nier. Mais il existe pourtant des méthodes de lecture qui ont fait leurs preuves dans la « francophonie » et qu’on se refuse à utiliser en France.
Toute la série Mamadou et Bineta d'André Davesne (1898-1978), par exemple, couvrant l’ensemble du cycle primaire, a formé plusieurs générations d’Africains et jouit toujours dans toute l’Afrique francophone d’un large crédit auprès des enseignants en raison de son efficacité.
En 3 mois d'apprentissage par cette méthode dite « syllabaire », pour reprendre le sous-titre d’un des manuels, un enfant décode toutes les lettres et la quasi-totalité des syllabes ; en 6 mois, il sait déchiffrer n’importe quel texte ; à la fin de l’année scolaire, il lit couramment.

André Davesne annonçait déjà dans une de ses premières éditions : « Dans une classe comptant 80 élèves âgés de 5 à 7 ans, tous nouvellement recrutés, c’est-à-dire ne connaissant pas une lettre ni un seul mot français, un jeune maître qui a suivi scrupuleusement les indications données dans le présent ouvrage est parvenu à faire lire presque couramment au bout de 6 mois 75 enfants. Ces mêmes enfants pouvaient, à la fin de ces 6 mois, écrire sous la dictée des phrases entières. »

Et une autorité comme Léopold Sédar Senghor confirmait : « Des instituteurs de village me l’ont prouvé, le fameux Mamadou et Bineta fait merveille en brousse ».
On comprend donc qu’en attendant une série Mamadou et Bineta réactualisée, les Français d’origine africaine en quête d’une valeur sûre pour leurs enfants se tournent vers les Mamadou et Bineta d’antan, toujours aussi efficaces, toujours aussi bon marché (6 euros le manuel), constamment réédités par EDICEF (groupe Hachette), et disponibles sur des sites comme amazon.com ou fnac.fr, ou encore chez des libraires comme le Gibert Jeune du boulevard Saint-Denis à Paris.

Passant outre le prisme européen colonisateur, ces parents savent s’attacher aux multiples avantages de cette méthode.
Conçue pour des enfants ne connaissant rien au français, elle convient également aux enfants qui n’entendent pas le français à la maison. Progressive et sans douleur, elle permet l’accompagnement et le suivi de l’enfant par les parents eux-mêmes, quand bien même ils seraient mauvais lecteurs, ce qui ne peut que les valoriser. Enfin, avec des illustrations, des noms et des objets africains, elle permet aux parents originaires de ce continent de faire découvrir leur culture à leurs enfants. Il ne faut pas oublier à ce titre qu'André Davesne a travaillé sur la transcription de contes africains, et que son fameux recueil des Contes de la brousse et de la forêt est toujours disponible dans collection Afrique en poche Junior chez Hachette.

On ne parle ici que de l’Afrique francophone, mais d’autres manuels de lecture pour le primaire, adaptés à d’autres peuples et contrées, comme Madagascar ou encore l’Indochine, ont été réalisés durant l’époque coloniale et sont disponibles dans le fonds en manuels scolaires et livres parascolaires du Musée national de l’Éducation. Aussi comprend-on que des parents se tournent vers des valeurs sûres, mais ne comprend-on pas que l’Éducation nationale ne fasse pas plus et autrement avec ce qui est à portée de main.
Il serait bien plus efficace d’adapter à la France plurielle d’aujourd’hui ces méthodes syllabiques qui ont fait leurs preuves parmi ceux dont le français n’était pas la langue maternelle, que de s’acharner avec ces méthodes semi-globales qui n’apprennent même plus à lire aux Français de souche. Quelle est la bonne méthode à adopter... ? (Source : www.scienceshumaines.com et www.soseducation.com)


Crédit photo Akpehou Djonda

lundi 8 novembre 2010

Unicef : Nouveaux contenus pédagogiques interactifs !

En s’appuyant sur les tableaux blancs interactifs (TBI), l’Unicef France développe des contenus pédagogiques numériques afin d’éduquer les enfants à leurs propres droits. Á travers cette démarche, l’Unicef France illustre sa volonté d’accompagner les progrès réalisés en matière d’éducation.

Pour réaliser ce projet, l’Unicef France s’est associé à Promethean, fabricant et diffuseur de tableaux blancs interactifs. Grâce à cette remarquable avancée technologique, l’Unicef France va pouvoir mettre à disposition des enseignants de véritables parcours pédagogiques sur le thème des droits de l’enfant destinés aux classes de CM2, 6e et 5e.


Á partir d’un écran numérique, les enseignants expliqueront aux élèves les droits de l’enfant et l’action de l’Unicef. Chaque parcours pédagogique demandera une ou plusieurs séances de cours, afin d’assimiler les connaissances et maîtriser les compétences requises. Cette méthode a l’avantage d’amener les plus jeunes à apprendre et réfléchir autrement à partir d’outils à la fois très novateurs et très interactifs.

Le but : permettre aux élèves d’acquérir un ensemble de connaissances et de compétences relatives aux droits de l’enfant.
Au total, 17 parcours pédagogiques, en conformité avec les programmes scolaires, permettent de :
- faire découvrir aux élèves de nouvelles notions ;
- de s’entraîner en direct ;
- d’être évalué individuellement ou en groupe ;
- de retenir l’essentiel ;
- d’approfondir ses connaissances.

La composition des parcours
Ces parcours pédagogiques proposent divers supports : photos, vidéos, affiches, sons, etc. ainsi que des exercices variés permettant de s’entraîner à la compréhension et à la production écrite et orale. Enfin, chaque parcours dispose d’un lexique et de ressources complémentaires, dans un souci de rendre l’apprentissage accessible à tous et de développer la curiosité des élèves. Pour plus d'informations, lire Ici

vendredi 22 janvier 2010

Accès aux études supérieures en art et en culture : Constat...

Une inégalité dans l’accès aux études supérieures en art et en culture
Les jeunes n’ont pas tous, ni partout, le même accès à l’éducation supérieure, et tout particulièrement aux filières artistiques, culturelles et de la mode. Faute d’information ou d’orientation, par manque d’accompagnement, par autocensure (« ce n’est pas pour moi »), beaucoup de lycéens de milieux défavorisés s’arrêtent au Certificat d’Aptitude Professionnelle ou au baccalauréat. Et, s’ils souhaitaient poursuivre des études artistiques, les classes préparatoires postbac arts graphiques ou arts appliqués, qui pourraient les préparer aux écoles d’arts, sont en grande majorité privées. L’entrée dans les écoles supérieures d’art, d’artisanat d’art ou de la mode reste donc élitiste. Cette inégalité devrait être combattue dès le lycée, au moment où les choix d’orientation s’opèrent, et où il est encore possible de préparer les étudiants aux épreuves de sélection de l’enseignement supérieur.

Que proposer ?
Il existe de nombreuses façons de pallier les carences de ces étudiants défavorisés, parmi lesquelles :
*Mettre en œuvre un programme d’éveil et d’exposition aux métiers d’art et de la culture : visite de musées et de galeries, rencontre avec des designers, artisans et professionnels de renom, découverte des pratiques artistiques par des stages et des ateliers de formation. C’est ce qu’ont mis en œuvre la plupart des sites d’excellence situés dans les quartiers prioritaires.

*Préparer la mise à niveau des élèves aux concours très sélectifs des établissements de l’enseignement supérieur, à travers un accompagnement pédagogique dédié. C’est le but des classes préparatoires artistiques ou des classes de mise à niveau arts appliqués (MANAA).

*Mettre à leur disposition les informations d’orientation nécessaires relatives à leurs filières (journées portes ouvertes des écoles, forums, etc.).
L’objectif de ces initiatives est d’encourager les jeunes talents à poursuivre des études supérieures d’art, d’artisanat d’art ou de formation aux métiers du spectacle : classes de mise à niveau arts appliqués (MANAA), classe préparatoire littéraire à option artistique, BTS (BTS Art céramique, BTS design d’espace ou design de mode, BTS métiers de l’audiovisuel, BTS photographie, etc.).

Ces étudiants pourront, après ces classes préparatoires et BTS de mise à niveau, intégrer de grandes écoles d’arts plastiques ou des filières d’excellence. (Source)


Crédit photo RMN, Vizzavona François Antoine 1876-1961, Le sculpteur Simone Achalme travaillant dans son atelier en compagnie de son modèle

vendredi 15 janvier 2010

Pourquoi le français est-il si facile à lire et si difficile à écrire ?

Près de vingt ans après la réforme de 1990, le journaliste François de Closets et le chercheur Jean-Pierre Jaffré viennent coup sur coup de publier chacun un ouvrage sur la question de l’orthographe. Depuis qu’elle a commencé à se fixer au 16ème siècle, quelle est sa place dans le monde d’aujourd’hui ?

Comment notre orthographe est-elle née ?

François de Closets : Le français est né à l’oral de la fusion de différentes langues, latin, germain, etc. L’écriture, c’était le latin : la langue de la religion, de l’État, du juridique. Il y avait une lettre pour chaque son. Le français s’est donc inspiré de l’alphabet latin. Mais, entre-temps, d’autres sons étaient apparus. Les scribes, qui étaient des latinistes, ont donc établi une nouvelle base phonétique. Et pour lui donner un peu de dignité, ils l’ont farcie de consonnes, le plus souvent muettes. Le français se doublait d’un fantôme qui l’alourdissait. Puis, avec l’apparition de l’imprimerie, de nouvelles exigences sont apparues. Il a fallu ponctuer.

Jean-Pierre Jaffré : C’est ce qu’on appelle la bataille de l’orthographe. En 1550, on a d’un côté les tenants de l’orthographe pour l’œil (le lexicographe et imprimeur Robert Estienne) et de l’autre celle des poètes (Du Bellay, Ronsard) qui cherchent à saisir la forme sonore du langage. L’Académie française a oscillé entre ces deux. Et depuis, on navigue à vue.

François de Closets : Avant les scribes, le français était une langue très germanisée, avec des petits mots. Les Germains éructaient. Les latins, au contraire, donnaient une ampleur au mot. Ça a nécessité une réécriture. Il y a eu une volonté de remettre des marques latines quand bien même elles ne correspondaient plus à l’oreille. C’était surchargé, mais finalement, quelle importance, puisque c’était l’écriture des scribes. On était dans l’entre-soi. Or, qui apprenait le latin ? Les filles. Donc, que se passe-t-il au 17e siècle ? Les femmes en ont marre de ce machisme orthographique. Et à l’hôtel de Rambouillet, elles réécrivent plus simplement les mots. Les hommes trouvent cela grotesque. Mais on a retrouvé ce dictionnaire des Précieuses. Et on s’aperçoit que leurs propositions graphiques sont très modernes.

Jean-Pierre Jaffré : On a l’exemple au Japon. Vers le 12e siècle, les femmes de la Cour, qui voulaient écrire de la poésie, ont revisité l’orthographe. Le japonais était né d’emprunts au chinois. Mais la grammaire et la conjugaison étant différentes, il avait fallu rajouter des syllabes au bout des caractères chinois. Ces femmes, avec leurs nouvelles représentations syllabiques, en ont fait une orthographe très aisée car très régulière. Il y a une tradition féminine dans l’écriture qui va dans le sens d’une représentation du son plutôt que du sens.

Crédit photo RMN, Estampe, Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe écrivant, Château de Versailles et Trianon


Si on établissait un classement par ordre de difficulté, où se situerait le français ?
Jean-Pierre Jaffré : Pour moi, c’est l’orthographe la plus compliquée avec celle du japonais, mais le versant chinois du japonais.

François de Closets : La première difficulté est lexicale. Je vous donne un son. Pouvez-vous m’écrire le mot correspondant ? “So” : pour le même son, il y a plusieurs écritures différentes (seau, sceau, sot...). Il y a aussi la multiplication des consonnes muettes. Pourquoi un "z" au bout de nez ? Pourquoi vingt avec un "g" et trente sans ? Il y a aussi énormément d’accords redondants, des accords vissés sur tous les mots et le plus souvent muets. Les jolies fleurs sont roses, pourquoi marquer autant le pluriel ? Pourquoi aussi un festival / des festivals et un cheval / des chevaux ? La grammaire française est bourrée d’exceptions. C’est une langue au service du lecteur : elle se lit facilement mais s’écrit difficilement.

Jean-Pierre Jaffré : Les accords renvoient à l’ancien français. Comme en latin ou en allemand, les mots qui allaient ensemble n’étaient pas forcément mis les uns à côté des autres. Ce qu’on ne pouvait accorder par la position, on l’accordait par la graphie. Or à partir du Moyen Âge, l’ordre des mots s’est rigidifié. Ils ont progressivement été placés les uns à côté des autres. C’est ainsi que l’accord est devenu redondant. En anglais, par exemple, on n’accorde pas l’adjectif. Et en chinois, il n’y a pas d’article, on met les mots les uns à côté des autres. Pour la conjugaison des verbes, pourquoi Je prends avec un "d" et Je peins sans "d" alors qu’ils viennent tous les deux de verbes en "d" ? Il faut raisonner au coup par coup, faire des listes d’exception. Mais aujourd’hui, l’école n’a plus le temps de s’y consacrer. (Source et lecture de l'article complet Ici)

mercredi 14 octobre 2009

L’illettrisme : Un fléau et un combat au quotidien dans le monde

Plus de 860 millions d’hommes et de femmes sont aujourd’hui, dans le monde, confrontés à l’incapacité de lire et d’écrire.
On constate aussi que tous les pays industrialisés, où pourtant la scolarité est obligatoire, sont touchés par l’illettrisme. Un phénomène sous-estimé, souvent mal connu et confondu avec d’autres : pour les personnes qui n’ont jamais été scolarisées, on parle en effet d’analphabétisme. Il s’agit pour elles d’entrer dans un premier apprentissage. Pour les nouveaux arrivants dans un pays, il s’agit de l’apprentissage de la langue du pays d’accueil. En France, on parle du « français langue étrangère ».

Mais l’illettrisme, lui, concerne les personnes qui après avoir été scolarisées dans leur pays n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante : faire une liste de courses, lire une notice de médicament ou une consigne de sécurité, rédiger un chèque, utiliser un appareil, faire un calcul simple, lire le carnet scolaire de son enfant, entrer dans la lecture d’un livre… On imagine les conséquences sur le plan du travail, de la santé, de la vie familiale.

Crédit photo RMN, Hachette André, Jeune femme lisant.

De nombreuses actions sont mises en œuvre dans les entreprises notamment, pour aider les salariés à sortir de l’illettrisme, être plus à l’aise au travail mais aussi dans la vie. L’illettrisme, c’est aussi une situation qu’il faut tenter de prévenir le plus tôt possible car il prend souvent racine dès l’enfance et les difficultés s’accroissent avec l’âge. C’est pourquoi le travail de prévention de l’illettrisme auprès des familles est fondamental pour mieux accompagner tous les enfants dans les premiers apprentissages.

Pour prévenir et faire reculer l’illettrisme de manière significative, il faut donc agir sur tous les fronts, à tous les âges de la vie, en mobilisant les énergies et les ressources des pouvoirs publics, des associations, des entreprises et, offrir un appui à ceux qui agissent efficacement et mettre en lumière ce qui marche. Mais il faut d’abord faire connaître, sans tabou, l’ampleur de ce phénomène dans notre pays, mieux comprendre ceux qui y sont confrontés pour que, sans être stigmatisés, ils osent réapprendre ce qu’ils ont oublié. (Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. Lire Source

vendredi 4 septembre 2009

Y a-t-il une pédagogie jésuite ?

Que faut-il comprendre par "recevoir une éducation jésuite"

Pour répondre à votre question, il importe d’avoir une vue générale du système éducatif des jésuites. Ce système repose sur des principes qui n’ont guère changé depuis les "Exercices spirituels" d’Ignace de Loyola et du "Ratio studiorum" (organisation des études) de 1599 mis en place par le P. Acquaviva.

Les principes pour les éducateurs sont ceux de l’autorité (reposant à la fois sur la crainte et la confiance), de l’adaptation (s’adapter au complexe psychologique de l’enfant), de l’activité (éviter toute passivité de la part des auditeurs). La méthode d’enseignement est caractérisée par le développement harmonieux des facultés de l’élève et l’éveil des tendances actives. L’enfant doit acquérir l’art de s’instruire (éveil de la curiosité, exercices de mémoire), l’art de sentir (lecture, composition personnelle, déclamation), l’art de penser (rhétorique, interrogation), l’art d’approfondir (rôle de la prélection ou lecture et commentaire de texte), l’art d’écrire, de parler..
Pour fonder cette formation, et stimuler l’enfant, l’éducateur doit s’appuyer sur l’esprit d’enthousiasme, l’honneur, l’intérêt, l’émulation. Enfin, l’action collective des maîtres a pour but de créer un esprit favorable à leur développement.

L’esprit d’un collège pour les jésuites, c’est le rayonnement intense de quelques idées et sentiments dans des âmes ouvertes et disponibles : « l’amour chevaleresque du Christ, l’optimisme surnaturel, la virilité du caractère, la charité apostolique » (F. Charmot)
Sur le plan du déroulement des études : avant d'arriver en rhétorique, l'écolier doit passer par quatre classes préparatoires, trois années de grammaire, et une classe d'humanités qui correspond à nos classes de troisième et de seconde. En cinq années, le cycle des études purement littéraires doit être parcouru.

Cette éducation de type humaniste est inspirée au niveau des études par la succession ascendante des classes de grammaire, de culture littéraire, de philosophie et de théologie. Une place considérable est donnée à l’étude des langues anciennes, du grec, mais surtout du latin.
Dans les classes de grammaire, et même d’humanités et de rhétorique, tout est fondé sur une méthode de « prélection » qui est une lecture approfondie et intelligente d’un texte bien choisi. Les auteurs classiques de l’Antiquité sont ainsi lus et commentés. Le professeur fait non seulement comprendre le texte, mais le fait goûter et imiter. La classe d’humanités introduit plus spécialement les poètes, celle de réthorique initie au « discours » et à l’éloquence.

Signe de l’esprit de la compagnie, l’activité de l’élève est stimulée par un enseignement qui n’est magistral que dans la mesure où il éveille l’exercice personnel des facultés. D’où l’importance donnée au travail individuel, aux devoirs et composition. La limitation des cours est faite par les temps libres occupés par l’étude privée. Les heures de classes sont vivantes, entrecoupées de récitation et d’interrogations. A certains jours, le collège se rassemble pour assister à des représentations théâtrales de pièces composées par les maîtres ou les élèves.

La gymnastique, puis le sport font partie intégrante de l’éducation jésuite dans la mesure où ils permettent à l’élève de se défendre et de dominer son corps, et participent au principe d’émulation. Pour secouer l’inertie, on utilise l’appétit des honneurs scolaires, l’émulation individuelle ou la concurrence de deux camps qui partagent la classe. L’étude devient un jeu sérieux, enthousiaste, passionné. En tout cela est visé un idéal, consciemment, celui de l’Honnête homme qui se distingue moins par l’érudition que par l’équilibre mental, la rectitude du jugement, la sûreté du goût, la clarté des idées, la maîtrise de soi, la capacité d’assimilation, mais aussi par la perfection du langage et la facilité des relations avec autrui.

Si le professeur a pour mission la formation de l’esprit, son influence est complétée par celle du surveillant, (appelé autrefois « Régent ») chargé de la discipline, des heures d’étude et de loisir, qui mène une existence plus proche de l’élève, plus ouverte au contact et à la manifestation des caractères. Responsable d’une division, le régent est une des pièces maîtresses de l’organisation du collège. Il est avec les élèves pendant la plus grande partie de leur séjour car, s’il n’y a pas plus de 4 à 5h de cours, même les externes sont présents de 7h30 à 19h. Il assiste au lever des pensionnaires, anime les jeux des récréations, organise promenades et fêtes etc. Dans l’organisation des jeux et des loisirs, il dispose de mille moyens éducatifs, il peut demander des efforts sur soi-même.

Ainsi dans son principe une éducation jésuite est un ensemble de méthodes et de règles destinées à enseigner, éduquer et former un honnête homme. Si dans l’histoire de la Compagnie ces principes sont restés inchangés, ils ont été plus ou moins bien appliqués et mis en valeur. Cette pédagogie souvent forte et exigeante insistait surtout sur l’accompagnement personnel des élèves, sur leur implication et leur expression personnelle. Mais socialement, cette éducation visait surtout les élites sociales (plus qu’intellectuelles), elle s’accompagnait d’une rigueur qui influençait parfois toute la vie de l’élève qui avait été généralement pensionnaire.

On a reproché souvent aux jésuites ce « gouvernement des âmes », qui suivait l’élève adulte dans sa vie privée (mariage, succession), mais aussi professionnelle (implication politique ou sociale). Dans un sens positif, être éduqué chez les jésuites, c’est avoir reçu une formation humaniste, ouverte, et formatrice pour le caractère et la vie sociale.
D’une manière négative, le sceau de l’éducation donnée par « les hommes noirs » n'a tendu pour certains qu’à façonner des êtres dociles, voués à la discipline cléricale ou militaire. (Source : Réponse du Département Fonds ancien - Lire l'article complet ICI et lire aussi CECI)


mardi 7 juillet 2009

"Mamadou et Bineta" a encore de beaux jours devant lui...

Débat autour de la lecture...
Les scientifiques l'affirment, les évaluations le confirment : pour devenir un bon lecteur, il faut savoir décoder les mots. Des données qui font renaître un débat passionné entre les tenants des différentes méthodes de lecture...

Lecture, où est le problème ? La lecture, et particulièrement son apprentissage, est actuellement l'objet de bien des polémiques. Précisons d'emblée que ces polémiques existent dans de nombreux pays développés, notamment dans l'ensemble des pays anglo-saxons, du Royaume-Uni à l'Australie, et qu'elles ne datent pas d'aujourd'hui. Elles ont pris de l'ampleur, avec la démocratisation des systèmes d'enseignement, et donc l'allongement des scolarités pour tous.

Avec la crise économique et la fin du plein emploi, le concept d'illettrisme, lancé en France par ATD Quart Monde (Organisation internationale de lutte contre la grande pauvreté et l'exclusion sociale), connaît un succès médiatique bien au-delà de sa réalité, si préoccupante soit-elle. Parallèlement, on prend conscience de l'importance des premiers apprentissages dans la réussite scolaire. La préoccupation depuis plusieurs années est focalisée sur l'opposition entre « méthode globale » et « méthode syllabique ».

Que des difficultés viennent du fait que le français est comme une langue seconde pour un certain nombre d’enfants de notre pays, on ne peut le nier. Mais il existe pourtant des méthodes de lecture qui ont fait leurs preuves dans la « francophonie » et qu’on se refuse à utiliser en France.
Toute la série Mamadou et Bineta d'André Davesne (1898-1978), par exemple, couvrant l’ensemble du cycle primaire, a formé plusieurs générations d’Africains et jouit toujours dans toute l’Afrique francophone d’un large crédit auprès des enseignants en raison de son efficacité.
En 3 mois d'apprentissage par cette méthode dite « syllabaire », pour reprendre le sous-titre d’un des manuels, un enfant décode toutes les lettres et la quasi-totalité des syllabes ; en 6 mois, il sait déchiffrer n’importe quel texte ; à la fin de l’année scolaire, il lit couramment.

André Davesne annonçait déjà dans une de ses premières éditions : « Dans une classe comptant 80 élèves âgés de 5 à 7 ans, tous nouvellement recrutés, c’est-à-dire ne connaissant pas une lettre ni un seul mot français, un jeune maître qui a suivi scrupuleusement les indications données dans le présent ouvrage est parvenu à faire lire presque couramment au bout de 6 mois 75 enfants. Ces mêmes enfants pouvaient, à la fin de ces 6 mois, écrire sous la dictée des phrases entières. »

Et une autorité comme Léopold Sédar Senghor confirmait : « Des instituteurs de village me l’ont prouvé, le fameux Mamadou et Bineta fait merveille en brousse ».
On comprend donc qu’en attendant une série Mamadou et Bineta réactualisée, les Français d’origine africaine en quête d’une valeur sûre pour leurs enfants se tournent vers les Mamadou et Bineta d’antan, toujours aussi efficaces, toujours aussi bon marché (6 euros le manuel), constamment réédités par EDICEF (groupe Hachette), et disponibles sur des sites comme amazon.com ou fnac.fr, ou encore chez des libraires comme le Gibert Jeune du boulevard Saint-Denis à Paris.

Passant outre le prisme européen colonisateur, ces parents savent s’attacher aux multiples avantages de cette méthode.
Conçue pour des enfants ne connaissant rien au français, elle convient également aux enfants qui n’entendent pas le français à la maison. Progressive et sans douleur, elle permet l’accompagnement et le suivi de l’enfant par les parents eux-mêmes, quand bien même ils seraient mauvais lecteurs, ce qui ne peut que les valoriser. Enfin, avec des illustrations, des noms et des objets africains, elle permet aux parents originaires de ce continent de faire découvrir leur culture à leurs enfants. Il ne faut pas oublier à ce titre qu'André Davesne a travaillé sur la transcription de contes africains, et que son fameux recueil des Contes de la brousse et de la forêt est toujours disponible dans collection Afrique en poche Junior chez Hachette.

On ne parle ici que de l’Afrique francophone, mais d’autres manuels de lecture pour le primaire, adaptés à d’autres peuples et contrées, comme Madagascar ou encore l’Indochine, ont été réalisés durant l’époque coloniale et sont disponibles dans le fonds en manuels scolaires et livres parascolaires du Musée national de l’Éducation. Aussi comprend-on que des parents se tournent vers des valeurs sûres, mais ne comprend-on pas que l’Éducation nationale ne fasse pas plus et autrement avec ce qui est à portée de main.
Il serait bien plus efficace d’adapter à la France plurielle d’aujourd’hui ces méthodes syllabiques qui ont fait leurs preuves parmi ceux dont le français n’était pas la langue maternelle, que de s’acharner avec ces méthodes semi-globales qui n’apprennent même plus à lire aux Français de souche. Quelle est la bonne méthode à adopter... ? (Source : www.scienceshumaines.com et www.soseducation.com)


Crédit photo Akpehou Djonda
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